L ors de la sélection d’un installateur IRVE pour un projet d’entreprise, deux certifications reviennent systématiquement dans les cahiers des charges et les appels d’offres : le label RGE IRVE et la qualification QUALIFELEC. Ces deux labels sont souvent confondus ou considérés comme équivalents, alors qu’ils répondent à des objectifs distincts et présentent des niveaux d’exigence différents. Comprendre leurs différences permet de faire le bon choix selon la nature du projet, d’accéder aux aides publiques disponibles et de sécuriser la qualité technique de l’installation sur le long terme.

Pour un projet IRVE en entreprise, la certification de l’installateur n’est pas une simple formalité administrative. Elle conditionne l’accès aux subventions ADVENIR, la conformité aux exigences des marchés publics et, surtout, la qualité réelle de l’installation sur 10 ans. Voici un guide pratique pour décrypter ces deux labels et les utiliser comme critères de sélection efficaces.

Le label RGE IRVE : conditions d’obtention et périmètre

Le label RGE (Reconnu Garant de l’Environnement) IRVE est un dispositif de certification mis en place par l’État français pour identifier les professionnels compétents dans l’installation d’infrastructures de recharge. Il est délivré par des organismes de certification accrédités par le COFRAC (Comité Français d’Accréditation), parmi lesquels Certibiof, Bureau Veritas Certification, Certibat et Promotelec. Pour obtenir le label RGE IRVE, l’entreprise candidate doit justifier d’au moins une réalisation IRVE dans les 2 ans précédant la demande, que le chef de chantier ou le référent technique désigné ait suivi une formation IRVE reconnue (minimum 14 heures selon le référentiel en vigueur), et que l’entreprise dispose d’une assurance décennale couvrant les travaux IRVE. L’organisme certificateur réalise un audit documentaire et une visite de chantier sur une installation de référence. Le label est valide 4 ans, avec un audit de surveillance à mi-parcours. En 2026, environ 12 000 entreprises sont labellisées RGE IRVE en France selon le registre ATEE, ce qui représente une densité correcte dans la plupart des régions métropolitaines mais avec des disparités dans certains territoires ruraux. L’évolution des référentiels techniques (passage à OCPP 2.0.1, bornes bidirectionnelles V2G) nécessite une mise à jour régulière des formations des techniciens pour maintenir la pertinence du label.

La qualification QUALIFELEC IRVE : niveaux et exigences

La qualification QUALIFELEC IRVE, dénommée officiellement E-Recharge, est gérée par QUALIFELEC, l’organisme de qualification des entreprises du génie électrique et numérique. Elle se structure en trois niveaux selon la puissance des installations et la complexité des projets. Le niveau P1 couvre les installations IRVE jusqu’à 3,7 kW (borne 1 phase 16A), adapté aux logements et aux petits sites tertiaires. Le niveau P2 couvre les installations IRVE de 3,7 kW à 22 kW (borne triphasée 32A), qui représente l’essentiel du marché professionnel des bornes AC en entreprise. Le niveau P3 couvre les installations IRVE de puissance supérieure à 22 kW et les raccordements HTBT, incluant les chargeurs DC rapides et les installations de grande complexité (gestion de charge dynamique, couplage PV, smart grid). Pour obtenir la qualification QUALIFELEC E-Recharge, l’entreprise doit justifier de 3 références clients vérifiables dans le niveau demandé, démontrer que ses techniciens ont les habilitations électriques adaptées (BR, B2V ou BC selon le niveau), disposer d’un processus de contrôle qualité documenté pour ses chantiers IRVE, et passer un audit d’entreprise réalisé par QUALIFELEC. Le renouvellement est quadriennal avec audit de surveillance bisannuel. Cette exigence de processus et de références la distingue clairement du label RGE, qui se concentre davantage sur les compétences techniques individuelles.

Quelle certification exiger dans un cahier des charges IRVE d’entreprise

La définition des exigences de certification dans le cahier des charges d’un projet IRVE d’entreprise doit être proportionnée aux enjeux du projet. Pour un projet de 5 à 10 bornes AC 7 kW dans une PME souhaitant bénéficier d’ADVENIR, la seule exigence justifiée est le label RGE IRVE de l’installateur, qui est la condition d’accès à la subvention. Pour un projet de 10 à 50 bornes AC 7 kW ou 22 kW dans une entreprise de taille intermédiaire, il est recommandé d’exiger à la fois le RGE IRVE (pour les aides) et la qualification QUALIFELEC E-Recharge P2 (pour la qualité technique), en laissant la possibilité aux candidats de présenter l’une ou l’autre si l’entreprise est en cours d’obtention de la seconde. Pour un projet de plus de 50 bornes ou incluant des chargeurs DC, la QUALIFELEC E-Recharge P2 ou P3 est la norme recommandée, avec vérification des références clients comparables. Pour les marchés publics IRVE (collectivités, hôpitaux, universités), la qualification QUALIFELEC E-Recharge est souvent exigée par les règlements de consultation, et son absence peut entraîner l’exclusion de l’offre. Il est donc dans l’intérêt des installateurs d’obtenir cette qualification pour accéder à l’ensemble du marché professionnel.

Processus de vérification des certifications avant sélection

La vérification des certifications d’un installateur IRVE pressenti est une étape non négociable dans le processus de sélection. Une pratique répandue mais risquée consiste à se fier aux seules déclarations de l’installateur ou à ses documents marketing, sans vérification indépendante. Or, des cas de fraude ou de présentation de certifications expirées ont été constatés sur le marché. La démarche de vérification correcte comporte trois étapes. La première est la vérification sur les portails officiels : france-renov.gouv.fr pour le RGE IRVE (recherche par nom d’entreprise ou SIRET), qualifelec.fr pour la qualification QUALIFELEC (recherche par raison sociale). Ces portails affichent le statut en temps réel et la date d’expiration des certifications. La deuxième étape est la demande de copies des certificats originaux à l’installateur : ces documents mentionnent le périmètre précis (puissances couvertes, types de bâtiments) et les dates de validité. La troisième étape, pour les projets importants, est une vérification directe auprès de l’organisme certificateur (QUALIFELEC ou l’organisme RGE) par email ou téléphone pour confirmer la validité et le périmètre de la certification. Cette vérification peut être incluse comme condition suspensive dans le bon de commande ou le marché de travaux.

Impact sur la responsabilité de l’entreprise bénéficiaire

La qualité de la certification de l’installateur IRVE a des implications importantes sur la responsabilité civile et pénale de l’entreprise bénéficiaire. En cas d’accident électrique lié à une installation IRVE défectueuse, la question de la diligence dans le choix de l’installateur sera examinée. Une entreprise qui a sélectionné un installateur RGE IRVE et QUALIFELEC avec des références vérifiées peut démontrer qu’elle a exercé son devoir de prudence. À l’inverse, une entreprise qui a choisi un installateur non certifié uniquement pour des raisons tarifaires sera en position de faiblesse juridique si un incident survient. Par ailleurs, les compagnies d’assurance (responsabilité civile, dommages-ouvrage) peuvent exiger que les travaux IRVE aient été réalisés par un installateur certifié pour que la garantie soit opposable. Un sinistre sur une installation réalisée par un non-certifié pourrait entraîner le refus de prise en charge par l’assureur. Les collectivités et les établissements publics (hôpitaux, universités) doivent respecter le code des marchés publics qui impose souvent la qualification QUALIFELEC dans les appels d’offres, sous peine d’irrégularité de la procédure. Le respect des exigences de certification n’est donc pas seulement un critère de qualité technique mais un impératif juridique et assurantiel.

Perspectives d’évolution des certifications IRVE en France

Le cadre de certification des installateurs IRVE en France est appelé à évoluer dans les prochaines années sous l’effet de plusieurs facteurs. L’accélération du déploiement des bornes (objectif gouvernemental de 400 000 points de charge publics d’ici 2030 en France) va amplifier la demande de techniciens qualifiés et pousser les organismes de certification à adapter leurs référentiels. La montée en puissance des technologies IRVE (bornes bidirectionnelles V2G, chargeurs DC haute puissance, smart charging avec les gestionnaires de réseau) nécessite des mises à jour régulières des programmes de formation et des référentiels de certification pour maintenir leur pertinence technique. L’harmonisation européenne des qualifications IRVE, prévue dans le cadre de la directive RED III et du règlement AFIR, pourrait aboutir à la création d’un label européen reconnu dans tous les États membres d’ici 2027 ou 2028. Cette harmonisation simplifierait la sélection des installateurs pour les entreprises multi-nationales. Enfin, l’émergence de nouvelles fonctionnalités (gestion de charge dynamique multi-flux, couplage IRVE/photovoltaïque/stockage, intégration aux marchés de l’électricité) va créer de nouvelles catégories de qualification spécialisée, distinguant les installateurs IRVE simples des intégrateurs de systèmes énergétiques complexes.

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