L e rapport QUALIFELEC est le document central de toute installation IRVE en entreprise. Remis par l’installateur titulaire de la qualification RE10, il atteste de la conformité de l’infrastructure de recharge aux normes électriques en vigueur et constitue la première pièce demandée en cas de sinistre, de contrôle administratif ou de certification environnementale. Pourtant, de nombreuses entreprises ignorent précisément ce que doit contenir ce rapport, combien de temps elles sont tenues de le conserver et quels risques elles courent si le dossier est incomplet. Ce guide fait le point sur les obligations documentaires et les bonnes pratiques de conservation en 2026.

Responsables techniques, gestionnaires de patrimoine et acheteurs trouveront dans ce guide un aperçu complet du contenu obligatoire du rapport QUALIFELEC IRVE, des seuils réglementaires déclenchant des obligations supplémentaires, des durées de conservation recommandées par les assureurs et des erreurs documentaires les plus fréquemment relevées lors des audits de certification ou des contrôles administratifs.

Cadre réglementaire : pourquoi le rapport QUALIFELEC est obligatoire

Le décret n°2017-26 du 12 janvier 2017 relatif aux infrastructures de recharge pour véhicules électriques pose le cadre réglementaire fondateur de l’IRVE en France. Il impose que toute installation IRVE accessible aux salariés ou au public soit réalisée par un professionnel possédant les compétences requises, ce que QUALIFELEC traduit concrètement par la qualification RE10 mention IRVE. Cette qualification est délivrée après audit de l’entreprise d’électricité sur ses compétences techniques, ses assurances et ses procédures qualité. Seul un installateur titulaire de cette qualification est habilité à remettre un rapport de réception IRVE opposable aux tiers. Le rapport est distinct du procès-verbal de réception de chantier qui relève du droit de la construction : c’est un document technique normalisé dont le contenu est défini par le guide QUALIFELEC RE10, mis à jour en 2024. Pour les installations en copropriété ou en bail commercial, ce rapport est également la pièce exigée par le syndic ou le bailleur pour valider la conformité de l’installation réalisée par le locataire ou le copropriétaire. En entreprise, il complète le dossier de vérification initiale des installations électriques (VICIE) exigé par le décret n°88-1056 relatif à la sécurité des travailleurs face aux risques électriques.

Contenu obligatoire du rapport : les quatre sections détaillées

La première section du rapport QUALIFELEC IRVE est consacrée à l’identification complète de l’installation. Elle doit mentionner l’adresse exacte du site, le nombre de points de charge installés, la puissance nominale de chaque borne, la puissance totale installée, le type de connecteur (Type 2 pour les modes de charge AC, CCS Combo 2 pour les bornes DC), le mode de charge (Mode 3 conformément à la norme IEC 61851-1) et le protocole de communication (OCPP 1.6J ou OCPP 2.0.1). La deuxième section traite de la conformité normative et doit lister explicitement les normes vérifiées : NF C 15-100 pour l’installation électrique, IEC 61851 pour le système de charge, EN 62196 pour les connecteurs. Elle inclut la déclaration de conformité CE du fabricant des bornes et les références de la qualification QUALIFELEC RE10 de l’installateur. La troisième section rassemble les résultats des mesures électriques réglementaires : mesure de résistance d’isolement (supérieure à 1 MΩ par borne), mesure de continuité de la liaison équipotentielle, essai de déclenchement du dispositif différentiel 30 mA et vérification de la sélectivité des protections. La quatrième section, souvent négligée, contient les recommandations de maintenance avec la périodicité des vérifications périodiques et les coordonnées de l’installateur pour les interventions ultérieures.

Seuils réglementaires et documents complémentaires obligatoires

Au-delà du rapport QUALIFELEC standard, certains seuils de puissance déclenchent des obligations documentaires supplémentaires qui doivent être intégrées dans le dossier de conformité global. Le premier seuil est celui de 22 kW par point de charge : au-delà, une attestation de conformité délivrée par le Consuel est obligatoire avant toute mise en service. Le Consuel mandate un contrôleur agréé qui visite le site et vérifie la protection différentielle adaptée aux charges triphasées, le dimensionnement du câblage et la signalétique de sécurité réglementaire. Cette attestation Consuel doit être jointe au rapport QUALIFELEC dans le dossier de conformité. Le deuxième seuil est celui de 36 kVA de puissance totale installée pour un même point de livraison : au-delà, l’entreprise doit soumettre un dossier de déclaration auprès d’Enedis (ou de l’ELD locale) pour vérifier la compatibilité de l’installation avec les capacités du réseau. Pour les bornes de charge rapide DC supérieures à 50 kW, un dossier de raccordement spécifique avec étude de réseau est requis, avec des délais d’instruction Enedis de 3 à 6 mois. Ces seuils doivent être anticipés dès la phase de dimensionnement du projet IRVE pour éviter les blocages lors de la mise en service.

Durée de conservation et organisation documentaire

La durée légale minimale de conservation du rapport QUALIFELEC est de 10 ans, conformément aux règles de prescription applicables aux travaux de construction et aux installations électriques en milieu professionnel. Cette durée court à compter de la date de réception des travaux mentionnée sur le rapport. Cependant, plusieurs considérations pratiques imposent une durée de conservation plus longue. En matière assurantielle, la prescription en garantie décennale est de 10 ans, mais un sinistre survenu en année 9 peut générer des litiges s’étendant plusieurs années au-delà. En matière de transaction immobilière, le dossier de conformité IRVE est demandé lors de toute cession de bâtiment quelle que soit l’ancienneté de l’installation. Il est donc fortement conseillé de conserver l’intégralité du dossier IRVE jusqu’à la dépose définitive de l’installation. Pour l’organisation pratique, le rapport original (papier ou pdf certifié eIDAS) doit être stocké dans le dossier technique du bâtiment, avec une copie accessible dans la GED de l’entreprise. Les grandes entreprises multi-sites intègreront avantageusement ces documents dans leur CPMS ou dans leur outil de gestion immobilière (GMAO) pour garantir leur accessibilité lors des audits.

Risques en cas de rapport incomplet ou manquant

Les conséquences d’un rapport QUALIFELEC IRVE incomplet ou absent se manifestent dans trois domaines distincts et cumulatifs. Sur le plan assurantiel, les contrats multirisques professionnels et les polices d’assurance construction comportent systématiquement une clause de conformité des installations électriques. En cas d’incendie ou de dommage matériel lié à une borne IRVE non documentée, l’assureur peut invoquer la nullité partielle de la garantie et réduire ou refuser l’indemnisation. Des jurisprudences récentes (Cour d’appel de Lyon, 2023 ; Tribunal de commerce de Paris, 2024) ont confirmé ce risque de refus de prise en charge. Sur le plan réglementaire, l’inspection du travail ou les services de contrôle des installations électriques peuvent imposer une mise en conformité sous astreinte journalière si l’entreprise ne peut pas produire le dossier lors d’un contrôle. Sur le plan contractuel, en cas de litige avec l’installateur sur la qualité des travaux, l’absence de rapport rend très difficile la démonstration des manquements et fragilise la position de l’entreprise. Pour éviter ces risques, exigez contractuellement la remise du rapport complet comme condition suspensive au paiement du solde de tout compte de l’installateur.

Bonnes pratiques de gestion documentaire pour les entreprises multi-sites

La gestion des rapports QUALIFELEC dans un contexte multi-sites requiert une organisation documentaire centralisée et pérenne. La première bonne pratique est de créer un référentiel documentaire IRVE unique, accessible à toutes les parties prenantes internes (responsables techniques, juristes, assureurs), structuré par site avec un dossier par installation comprenant le rapport QUALIFELEC, les attestations Consuel le cas échéant, les fiches techniques des bornes, les contrats de maintenance et les rapports d’intervention. La deuxième bonne pratique est de nommer un gardien documentaire unique, souvent le responsable des services généraux ou le responsable énergie groupe, chargé de collecter les documents à réception des travaux, de les numériser et de les intégrer dans la GED dans un délai de 30 jours. La troisième bonne pratique est d’intégrer les jalons documentaires dans les appels d’offres IRVE : les cahiers des charges doivent stipuler explicitement que le rapport QUALIFELEC complet est un livrable contractuel conditionnel au paiement du solde, avec une liste de contrôle des pièces obligatoires annexée au marché. Cette clause contractuelle élimine les négligences documentaires les plus fréquentes et facilite considérablement la gestion des audits de certification et des renouvellements d’assurance.

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