D éployer l’IRVE en plusieurs phases est la stratégie adoptée par la grande majorité des entreprises qui ont su optimiser leur investissement tout en maintenant un service de recharge opérationnel dès les premières semaines. Mais un déploiement phasé réussi n’est pas une simple addition de petits projets successifs : c’est un programme structuré qui repose sur des décisions prises dès la phase 0 et qui conditionnent le coût et la qualité de l’ensemble du déploiement sur 3 à 5 ans. Ce guide détaille le séquençage optimal, les points de contrôle à respecter à chaque phase et les erreurs les plus fréquentes à éviter.

Ce guide s’adresse aux responsables des services généraux, aux chefs de projet technique et aux acheteurs qui pilotent le déploiement IRVE d’un parking d’entreprise. Il détaille la structuration optimale des phases de travaux, les livrables attendus à chaque étape, les critères de sélection des intervenants et les bonnes pratiques pour gérer les perturbations opérationnelles pendant les travaux sur site.

Phase 0 : l’audit technique et réglementaire, fondation du déploiement

La phase 0, souvent négligée au profit de la mise en oeuvre rapide, est la phase la plus structurante de tout le déploiement IRVE. Elle comprend deux volets complémentaires. Le volet technique consiste à faire réaliser par un bureau d’études électricité agréé un audit complet de la capacité d’accueil électrique du site : puissance disponible au TGBT, capacité du transformateur, état du réseau de distribution interne et contraintes de câblage jusqu’aux emplacements de parking envisagés. Cet audit produit le schéma unifilaire de l’installation cible et dimensionne le câblage pour le nombre final de bornes, pas seulement pour la première tranche. Le volet réglementaire vérifie les obligations légales applicables au site (loi LOM, décret tertiaire, règlement IRVE du bail si location, règles de la copropriété si parking en sous-sol partagé), les démarches administratives à effectuer (déclaration Enedis pour les puissances supérieures à 36 kVA, autorisation du bailleur) et l’éligibilité aux aides ADVENIR pour la première phase. La phase 0 se conclut par la production du CCTP (Cahier des Clauses Techniques Particulières), document de référence pour l’appel d’offres installateur, et du plan d’implantation visé. Investir 2 000 à 8 000 euros dans cette phase préparatoire est systématiquement rentabilisé par la réduction des surcoûts et des retards dans les phases suivantes.

Phase 1 : infrastructure électrique et premières bornes opérationnelles

La phase 1 est la phase la plus complexe et la plus coûteuse du déploiement, car elle combine des travaux de génie civil (tranchées, fourreaux, chapes) avec l’installation des premières bornes opérationnelles. La règle d’or de la phase 1 est de réaliser l’intégralité de l’infrastructure électrique pour le nombre final de bornes cibles, même si seulement 30 à 50 % des bornes sont installées dans cette tranche. Concrètement, cela signifie poser tous les fourreaux jusqu’à chaque emplacement de parking prévu dans le plan final, tirer le câblage principal depuis le TGBT jusqu’au tableau IRVE dédié, créer le tableau IRVE avec les disjoncteurs, dispositifs différentiels et bornes de mesure pour la totalité des bornes cibles, et installer uniquement les bornes correspondant aux besoins actuels de la flotte. Les travaux de génie civil (découpe de chapes, pose de fourreaux encastrés, coulée des reprises) représentent 40 à 60 % du coût de la phase 1 et ne pourront pas être évités si le pré-câblage n’a pas été réalisé. La durée typique de la phase 1 pour un parking de 30 emplacements est de 4 à 8 semaines, incluant 2 semaines de travaux de gros oeuvre et 2 à 4 semaines pour l’installation et le paramétrage des bornes. La réception de la phase 1 comprend les tests électriques réglementaires, la remise du rapport QUALIFELEC et la mise en service du CPMS avec formation des utilisateurs et des administrateurs.

Phases 2 et suivantes : déploiement progressif sans génie civil

Les phases 2 et suivantes, réalisées sur l’infrastructure câblée lors de la phase 1, sont beaucoup plus simples et plus rapides. Sans travaux de génie civil, l’installation d’une nouvelle tranche de bornes se résume à brancher les bornes sur les points de connexion préparés lors de la phase 1, paramétrer les nouvelles bornes dans le CPMS existant et former les nouveaux utilisateurs. La durée de ces phases est de 2 à 4 semaines pour une tranche de 5 à 10 bornes. Les perturbations pour les utilisateurs du parking sont minimales, ce qui facilite grandement la planification. Le déclencheur de chaque nouvelle phase doit être défini dans le plan pluriannuel : il peut être basé sur le taux d’utilisation des bornes existantes (déclencher la phase suivante quand le taux dépasse 70 % en moyenne hebdomadaire), sur le nombre de VE dans la flotte (déclencher la phase suivante à chaque tranche de 5 nouveaux VE), ou sur un calendrier fixe (une phase tous les 18 mois). La combinaison des critères est souvent plus robuste que l’approche calendaire seule, car elle évite d’installer des bornes qui resteraient sous-utilisées pendant plusieurs années. Chaque phase doit être clôturée par un rapport QUALIFELEC de la tranche concernée, complétant le dossier de conformité du site.

La gestion du CPMS dans un déploiement phasé

La gestion du CPMS dans un déploiement multi-phases est un enjeu technique et organisationnel qui doit être anticipé dès la phase 0. Le choix du CPMS lors de la phase 1 engage l’entreprise pour l’ensemble du déploiement : un CPMS insuffisamment scalable ou incompatible avec les bornes des phases suivantes peut imposer une migration coûteuse à mi-chemin. La règle est de choisir dès la phase 1 un CPMS dimensionné pour le nombre final de bornes cibles, même si la facturation est progressive selon le nombre de bornes actives. Lors de l’ajout de chaque nouvelle tranche de bornes, le gestionnaire CPMS doit effectuer plusieurs actions : créer les nouveaux points de charge dans l’interface d’administration avec les paramètres de smart charging, mettre à jour la liste des utilisateurs autorisés si la nouvelle tranche desservira de nouveaux bâtiments ou services, ajuster les règles de file d’attente et de priorité si le nombre total de bornes modifie l’équilibre offre/demande, et tester l’ensemble des nouvelles bornes avant mise en service effective. Un test de charge simultanée (toutes les nouvelles bornes en charge en même temps) permet de vérifier que le dimensionnement électrique de la phase 1 résiste à la charge additionnelle et que le smart charging entre en jeu correctement pour limiter la puissance totale appelée.

Communication interne autour du déploiement phasé

La communication interne est un levier trop souvent sous-estimé dans les déploiements IRVE phasés. Pourtant, une mauvaise communication autour du projet peut générer des tensions entre salariés (qui a accès aux premières bornes ? pourquoi mon service n’est-il pas encore desservi ?) et une perte de confiance dans la démarche de l’entreprise. Un plan de communication structuré autour des quatre moments clés du déploiement est indispensable. Avant la phase 0, une communication générale présente le projet IRVE à l’ensemble des salariés, explique les objectifs, le calendrier prévisionnel et les critères de priorisation des accès. Avant la phase 1, une communication ciblée informe les salariés qui seront le plus touchés par les travaux : durée d’indisponibilité des places, mesures alternatives prévues, calendrier de mise en service des premières bornes. À la mise en service de chaque tranche, une communication de lancement présente les nouvelles bornes, le mode d’accès, le règlement intérieur IRVE et les contacts en cas de problème. Entre les phases, des points de situation trimestriels informent l’ensemble des salariés de l’avancement du déploiement, du taux d’utilisation et du calendrier de la phase suivante. Cette transparence régulière transforme un projet technique en démarche collective et prépare l’adhésion des salariés aux règles de bonne utilisation des bornes.

Réception et clôture de chaque phase : les points de contrôle indispensables

La réception formelle à l’issue de chaque phase est une étape non négociable qui conditionne la conformité réglementaire et la couverture assurantielle de l’installation. Elle s’organise autour d’une liste de contrôle précise que le responsable de projet doit vérifier avant d’approuver le procès-verbal de réception. Les vérifications techniques comprennent : test de démarrage et d’arrêt de session sur chaque borne via le CPMS, vérification du déclenchement du dispositif différentiel sur chaque borne, mesure de la résistance d’isolement sur les câbles de la tranche, et contrôle de la continuité de la liaison équipotentielle de terre. Les vérifications documentaires comprennent : remise du rapport QUALIFELEC complet pour la tranche, mise à jour du plan d’implantation visé, remise des fiches techniques de chaque modèle de borne installé, et mise à jour du registre de maintenance du site. Les vérifications fonctionnelles comprennent : test du roaming inter-sites si applicable, test des notifications de fin de charge, vérification de l’affichage tarifaire si les bornes sont ouvertes au public, et test du mode offline du gateway local. Sans ces vérifications formalisées, des dysfonctionnements mineurs peuvent passer inaperçus et générer des problèmes de conformité ou de satisfaction des utilisateurs difficiles à résoudre a posteriori.

Passer a l action

Pour estimer precisement le cout total et la prime ADVENIR sur votre projet, utilisez le simulateur Loi LOM : calcul en 90 secondes, application automatique des baremes de l Arrete du 24 decembre 2025, breakdown reste a charge.

Pour comparer objectivement les 6 operateurs IRVE entreprise sur 27 criteres publics, utilisez le comparateur d operateurs : Driveco, ChargeGuru, ChargePoint, PowerDot, IZI by EDF, Beev.